Le château de la Sône est bâti sur un socle rocheux qui domine d’une quarantaine de mètres la vallée de l’Isère. Ce balcon naturel constitue un excellent poste d’observation qui a été utilisé depuis les temps les plus lointains.
A cet emplacement, commandant le chemin de halage qui longe la rivière ainsi que le pont qui, dès l’époque romaine la franchissait à cet endroit, s’élevait à l’origine un oppidum gaulois auquel a succédé une maison forte mentionnée en 1210 dans des lettres patentes de l’Empereur Othon IV, qui confirment les droits sur les terres de la Sône de l’abbaye de Montmajour.
Dans la première moitié du XIVème siècle, l’édifice est agrandi et ses défenses renforcées par Ardanchon de la Reffrairie (ou Reffreyrie) qui en fait hommage au Dauphin Humbert, dernier Dauphin du Viennois. Un siècle plus tard en 1448, le Dauphin de France, Louis, futur Roi de France Louis XI, séjourne à la Reffrairie en allant chasser dans la forêt de Claix, toute proche.
Au XVIème siècle, la maison forte subit de gros dommages lors des guerres de religion. Catholiques et protestants se la disputent et Lesdiguieres en fait le siège.
Au début du siècle suivant, en 1603, elle passe entre les mains de Félicien de Boffin, avocat général au Parlement de Grenoble, qui avait par ailleurs acquis, d’Horace du Rivail, la seigneurie de la Sône. Félicien de Boffin répare les outrages subis par l’édifice lors des guerres de religion et lui apporte de profonds remaniements et embellissements. La tour Ouest est reconstruite, le corps de bâtiment principal prend sa physionomie actuelle. Les Boffin resteront, pendant presque deux siècles, possesseurs de la Reffrairie devenue le Château de la Sône.
En 1820, le château échoit aux Jubié, célèbres fabricants de soieries qui avaient, un siècle plus tôt créé à la Sône les Manufactures Royales, inspectées par Vaucanson, inventeur et constructeur de nouvelles machines dont certaines ont été vraisemblablement expérimentées au château. Mais, la ruine de leur industrie n’ayant pas permis aux Jubié d’acquitter le montant de la vente, celle-ci fut annulée le 3 Décembre 1848.
Dès lors vont se succéder divers propriétaires : le baron de Jarente (1875), le docteur Collignon, médecin des princes de Monaco (1890), l’anglo-suédois Thomas Huss (1931), les Morel (1952) ; le château reçoit divers hôtes illustres, parmi lesquels Françoise Sagan qui a fait de nombreux séjours à la Sône dont elle s’est inspirée pour écrire « Château en Suède ». (Madame Morel était suédoise de naissance).
Depuis 1976, nous nous employons, dans la mesure de nos moyens, à redonner au château ainsi qu’à son parc, laissés complètement à l’abandon, l’aspect que leur avaient donné les Boffin au début du 17ème siècle.